Pseudonymisation locale, dans le navigateur ou dans le cloud : comment choisir
Trois architectures, deux objets qui comptent (le document d'origine et la table de correspondance), et ce que chaque choix implique pour votre contrat de sous-traitance et vos règles professionnelles.
Tous les outils de pseudonymisation promettent le même résultat : une copie de votre dossier qu'une IA peut lire sans identifier votre client. Ce qui change, c'est l'endroit où le travail se fait. C'est lui qui décide de ce qui quitte votre ordinateur, du contrat qu'il vous faut, et de la règle professionnelle que vous pouvez invoquer.
1. Trois architectures
Les outils proposés aux avocats se rangent en trois familles. Notre guide pour choisir un logiciel de pseudonymisation détaille ce qu'implique chacune. Voir le guide.
- Application de bureau. Les modèles de détection sont installés sur l'ordinateur. Le document est lu, pseudonymisé et reconstruit sur la machine ; la table de correspondance entre pseudonymes et vraies identités y est stockée aussi.
- Extension de navigateur. L'extension se place entre vous et l'interface web de l'IA. Selon les produits, la détection tourne dans le navigateur lui-même ou est confiée aux serveurs de l'éditeur ; la table de correspondance est souvent gardée dans le navigateur.
- Plateforme hébergée. Vous envoyez le document au service de l'éditeur, en général hébergé en France ou dans l'UE, qui renvoie la version pseudonymisée. La table de correspondance est conservée sur le serveur, ou vous est renvoyée, selon les produits.
2. Ce qui quitte la machine, dans chaque cas
Deux objets comptent : le document d'origine, avec les vraies identités, et la table de correspondance, qui est la clé permettant de défaire la pseudonymisation. Celui qui détient les deux détient le dossier.
| Architecture | Document d'origine | Table de correspondance | Ce que reçoit l'IA |
|---|---|---|---|
| Application de bureau | Reste sur l'ordinateur | Reste sur l'ordinateur | La copie pseudonymisée |
| Extension de navigateur | Reste dans le navigateur, ou part chez l'éditeur si la détection est distante | Le plus souvent dans le navigateur | Le texte pseudonymisé |
| Plateforme hébergée | Envoyé sur les serveurs de l'éditeur | Sur le serveur, ou renvoyée chez vous | La copie pseudonymisée |
Lisez la documentation de chaque éditeur sur ces deux points plutôt que son slogan : « hébergé en France » dit où est le serveur, pas si le document d'origine y part.
3. La conséquence contractuelle
Dès qu'un prestataire traite pour vous le document d'origine, il agit comme sous-traitant au sens de l'article 28 du RGPD. Le responsable du traitement, c'est-à-dire le cabinet, ne peut faire appel qu'à des sous-traitants « qui présentent des garanties suffisantes quant à la mise en œuvre de mesures techniques et organisationnelles appropriées », et doit signer avec eux un contrat de sous-traitance (souvent appelé DPA) qui fixe l'objet, la durée, la localisation et la suppression des données. C'est faisable, et beaucoup d'éditeurs le proposent ; c'est une diligence de plus, à faire avant d'envoyer la première pièce.
Quand la détection et la table de correspondance restent sur votre ordinateur, aucun tiers ne traite le document d'origine pour l'étape de pseudonymisation. Le fournisseur d'IA que vous utilisez ensuite est une question distincte, et il ne reçoit que la copie pseudonymisée.
4. Ce que disent les textes de la profession
Le guide du CNB « La déontologie et l'intelligence artificielle » (adopté en mars 2026) est explicite sur la souveraineté : « Les seules manières d'éliminer les risques liés à la souveraineté […] sont : l'anonymisation ou la pseudonymisation préalable des données, l'installation du LLM sur les propres systèmes d'information du cabinet ». Il ajoute qu'une promesse du fournisseur de ne pas réutiliser les données « n'est en général ni prouvable ni vérifiable ».
Le Livre blanc du Barreau de Paris sur l'IA envisage les deux voies : l'avocat peut recourir à l'anonymisation ou à la pseudonymisation, et « il peut également utiliser un outil déployé localement, sans transmission externe des données à des serveurs tiers ». La CNIL, dans ses premières précisions sur le déploiement d'une IA générative, recommande elle aussi de privilégier « des systèmes locaux, sécurisés et spécialisés ».
Un outil de pseudonymisation local est la seule configuration qui répond aux deux lectures à la fois : la pseudonymisation est faite en amont, par un outil déployé sur les machines du cabinet.
5. Les compromis, honnêtement
Le local n'est pas sans contraintes, et le cloud a de vrais avantages. Avant de choisir, pesez ceux-ci :
- L'installation. Une application de bureau doit être installée sur chaque poste, parfois en passant par le service informatique. Une plateforme web ou une extension se met en route en quelques minutes.
- La puissance des machines. Les modèles de détection qui tournent en local utilisent la mémoire et le processeur de l'ordinateur. Sur un portable ancien, un long dossier prend plus de temps que sur un serveur. Nos temps de traitement mesurés par machine.
- Le travail à plusieurs. Une plateforme hébergée partage nativement un dossier et ses pseudonymes entre plusieurs personnes. En local, la copie protégée et la table vivent sur un poste, sauf si le cabinet organise un stockage partagé.
- Les mises à jour. Un service cloud s'améliore pour tout le monde d'un coup. Une application de bureau doit être mise à jour sur chaque poste.
6. Où se situe Hexagone AI
Hexagone AI est une application de bureau pour macOS (Apple Silicon) et Windows 10/11. Détection, pseudonymisation et table de correspondance tournent sur l'ordinateur ; aucun document n'est téléversé, et l'application fonctionne hors ligne après installation. Les compromis ci-dessus s'appliquent à elle : il faut l'installer, et sa vitesse dépend de la machine. Pour les cabinets qui préfèrent un service hébergé, une application web et une API servies depuis une infrastructure européenne existent aussi, avec un DPA publié. Sécurité et flux de données.
Envie de voir comment ça fonctionne sur vos propres fichiers ?